Eté 2013 La sylviculture fait-elle cas de la présence de l’ours?

Le 04 Août 2013, un accompagnateur de montagne et un membre de Cap Ours (1) nous signalent une exploitation forestière aux coupes drastiques dans une zone à ours sensible en forêt domaniale de St Lary, petit village ariégeois connu pour son opposition farouche à la présence du plantigrade dans les Pyrénées, mais aussi pour son fort couvert forestier qui favorise sa présence.


Le massif est très fréquenté par des femelles et leurs oursons en cette période, l’ONCFS (2) a fait des relevés de traces les années précédentes et y a placé des pièges à poils (3). Elle opère un suivi sur le site, zone d’alimentation majeure.
 

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ALAIN REYNES photo barbeles arbre recolte poils d'ours

Récolte de poils d’ours sur barbelés ©Alain Reynes

vieille foret à ours

Vieille forêt à ours. ©Patrick Pappola

 
  Premiers pas de l’enquète

L’ONF de Saint Girons nous renseigne par téléphone sans difficultés. Il s’agit d’une coupe d’éclaircie dans une hêtraie sapinière (la deuxième, la première ayant été faite il y a environ 15 ans) avec un prélèvement fort, de 100 m3/hectare. Sur un versant de plusieurs centaines d’hectares, ce sont 3 parcelles totalisant un peu plus de 15 hectares qui seront mises en exploitation cette année.

Dans la réglementation, l’exploitation forestière doit elle tenir compte de la présence de l’ours ?


  La pratique de la chasse

En matière de chasse, le débat est en cours, et le dossier connu. Il concerne les battues en période d’hivernage dans les lieux de tanière, et sur les sites où existent des femelles suitées au printemps. Depuis trois ans des associations écologistes demandent que les arrêtés préfectoraux portant ouverture de la chasse au niveau départemental prennent mieux en compte la protection de l’ours en période de chasse. En effet, l’expérience a montré que la chasse en battue constitue une des atteintes les plus importantes à la tranquillité de l’ours et la principale cause de mortalité non naturelle des adultes. En 14 ans, au moins 6 ours ont fait l’objet de tirs dans les Pyrénées sans compter tous ceux qui n’ont pas été recensés.

L’enjeu, de taille, concerne donc la reconnaissance de zones de quiétude dans les plans de chasse, au total quelques hectares par site sensible. Selon Alice Terrasse, avocate: « Il tombe sous le sens que lors des rabattages avec les chiens en battue, les plantigrades sont effrayés. Il convient donc de faire admettre que l’ours, espèce considérée tout à la fois comme d’intérêt communautaire et protégée au niveau national, doit bénéficier d’une protection stricte contre toute activité humaine susceptible de créer une perturbation intentionnelle ».

Ici, notre affaire ne concerne pas la chasse, mais l’exploitation forestière : Y a t’il des règles et des préconisations à suivre en la matière ?


  Les règles en matière d’exploitation forestière

Après la consultation de nombreux acteurs, c’est Alain Reynes de l’association Pays de l’Ours (4) qui nous donnera finalement la réponse :

griffade d'ours sur jeune sapin PP

Griffade d’ours sur jeune sapin. ©P. Pappola

« Il existe un guide de gestion forestière en zone de présence d’ours. C’est un document volumineux édité en 2008, issu de la réunion entre tous les acteurs concernés, qui sont parvenus à un accord. En forêt publique, l’ONF, signataire de l’accord, s’est engagé à respecter les règles émises dans ce document. En forêt privée, ce sont des préconisations qui sont censées être données aux propriétaires, notamment par le CRPF (5), également signataire.

Il y est stipulé comme principe que l’exploitation annuelle ne peut concerner qu’un tiers d’un même massif, les deux tiers restants étant considérés comme zone de quiétude. Le massif représente selon les cas une entité entière (par exemple, une vallée) ou un versant.

Dans notre cas, 15 hectares semblent bien peu par rapport à la taille du massif concerné, la forêt domaniale couvrant 2600 hectares. La perturbation est donc à priori gérable pour les animaux, qui peuvent se déplacer ailleurs dans le massif. En Ariège, les cas non respectés semblent très exceptionnels, du fait de la surface des massifs et de la petitesse des parcelles exploitées.

Il est à noter également l’intégration dans le guide de gestion forestière de lieux précis et prédéfinis, considérés comme des sites vitaux (zones de tanière ou d’élevage de jeunes, corridors particuliers) où l’exploitation forestière est nulle ou très réduite. 

Sous réserve de vérification de la bonne mise en application des règles édictées, le monde forestier est le seul domaine ayant adopté d’une manière volontaire une série de mesures allant dans le sens de la quiétude de l’espèce. » 

Et le membre de Cap Ours d’ajouter : «  s’il peut aller ailleurs, si ce n’est pas une année à faible ressources végétales, s’il ne s’agit pas de femelles suitées d’oursons, l’ours peut cotoyer de bien plus près qu’on ne l’imagine les activités humaines .Dans les Asturies, il y a des tanières à 400 mètres de certains villages et l’ours y est vécu comme un quasi commensal de l’Homme ! »

Les règles concernant l’exploitation forestière en zone à ours, sont donc ici respectées.

Cela n’enlève en rien la pertinence d’une veille et d’une vigilance citoyennes, garde fous essentiels, car indépendants et dépourvus d’intérêts économiques. Cet exemple de collaboration éclair entre différents acteurs et utilisateurs de la montagne a permis de clarifier une situation délicate en un temps record. Un randonneur, un berger, un habitant peuvent donner l’alerte pour toute irrégularité supposée auprès d’une association de protection de la nature, de l’ONCFS si une espèce sauvage est concernée, de notre site internet ou de tout autre organisme local. Nous sommes tous des utilisateurs, de près ou de loin, de ces espaces. Nous y avons donc des droits. Alors, lorsqu’une aide est salutaire ou que nous observons de possibles dérapages, ne devrions nous pas avoir également des devoirs ?


(1) : Coordination Associative Pyrénéenne pour l’Ours : http://www.cap-ours.fr/

(2) : l’Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage a en charge le suivi de l’étude et de la population d’ours bruns sur le versant français des Pyrénées : http://www.oncfs.gouv.fr/Le-Reseau-Ours-Brun-ROB-download102

(3) : Un piège à poils est un simple fil barbelé sur un arbre permettant de récupérer des poils d’ours dans le cadre de leur suivi. Il est enduit d’essence de térébenthine, imitant la résine d’un conifère, et attire l’ours qui va venir s’y frotter.

(4) : Association pays de l’ours : http://www.paysdelours.com/

(5) : Les Centres Régionaux de la Propriété Forestière sont des organismes publics au service des propriétaires privés : http://www.crpf.fr/

3 réflexions au sujet de « Eté 2013 La sylviculture fait-elle cas de la présence de l’ours? »

    1. admin

      Bonjour Louis,
      Bien vu ! Effectivement, le prélèvement est très fort pour une futaie traitée de manière irrégulière.
      Dans la logique de la futaie irrégulière (ProSilva), ce prélèvement devrait être peu intensif et plus fréquent, garder de gros bois car ils gardent un couvert forestier essentiel. Cette formule accroit la diversité des classes de diamètre et les perches peuvent ainsi reconstituer la futaie en douceur.
      Je compte me rendre sur le terrain courant septembre pour évaluer la coupe, qui semble radicale, qui plus est en forêt domaniale. Merci pour votre question.

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