Les dendromicrohabitats (DMH) sont des milieux de vie de taille réduite qui permettent l’existence de cortèges d’espèces spécifiques. L’identification et la conservation d’une diversité et quantité suffisante de microhabitats sur arbre vivant est une des clés de la conservation de la biodiversité en forêt. D’autre part, pour renforcer la résilience d’une forêt exploitée, il est crucial de connaître, préserver et favoriser les DMH par des pratiques de gestion adaptées.
Quelques données pour comprendre
Les dendromicrohabitats sont des milieux de vie de taille réduite qui permettent l’existence de cortèges d’espèces spécifiques.
Ce sont plusieurs milliers d’espèces, parfois très spécialisées, qui s’en servent d’abris, de sites de reproduction, d’hibernation ou d’alimentation, au moins une partie de leur cycle de vie.
Comme il est dit dans le guide pratique « Evaluer la naturalité » du WWF : « l’identification et la conservation d’une diversité et quantité suffisante de microhabitats sur arbre vivant est une des clés de la conservation de la biodiversité en forêt ».
En voici trois exemples :
– on recense dans le seul DMH « cavité à terreau de pied » sur chênes, 380 espèces de coléoptères saproxyliques (Gouix et al., 2012) ;
– les syrphes, de la famille des diptères, reconnaissables car souvent striées de jaune et qui volètent sur place, sont des grandes pollinisatrices. Elles participent à la reproduction de nombreuses plantes mellifères. Jusqu’à 140 espèces de syrphidées ont été dénombrées dans les hêtraies-sapinières pyrénéennes, dans des microhabitats spécifiques (cavités, dendrotelmes de hêtres) où elles se reproduisent (source : Laurent Larrieu) ;
– les sporophores (ou fructifications) de polypores sont des habitats complexes, offrant de multiples sources de nourriture. En Europe, l’Amadouvier (Fomes fomentarius) a été très étudié. Il héberge environ 600 espèces d’arthropodes. Les pics creusent parfois leurs loges juste en dessous des sporophores, car le bois y est tendre et le champignon abrite l’entrée (source : Guide de poche des DMH, WSL).
En forêt subnaturelle pyrénéenne, 70% des microhabitats se trouvent sur les feuillus, le hêtre en portant assez tôt.
Concernant le Sapin pectiné (Abies alba), ce sont principalement les TTGB (1) qui participent fortement à l’offre globale de microhabitats, même si des arbres d’un tel diamètre sont peu nombreux à l’hectare.
Plus un arbre est gros et vieux, plus il héberge des dendromicrohabitats nombreux et variés.
La grande diversité d’espèces hébergée dans le gros bois mort et les DMH peut apporter des réponses rapides à des pullulations d’insectes dans des forêts exploitées alentour, liées au dérèglement climatique ou à des situations particulières.
En 2024 est paru un guide de poche incontournable pour qui s’intéresse aux DMH, publié par le WSL. Il peut être téléchargé ou commandé ici.
Y est associée une série de mini vidéos très instructive, chacune de 1 à 1.30 minutes, qui nous plonge dans l’univers de chacun de ces DMH en situation, voir ici.
Ci-dessous, nous reproduisons quelques dendromicrohabitats pris en compte dans l’Indice de Biodiversité Potentielle (IBP), outil permettant aux gestionnaires forestiers d’intégrer aisément la biodiversité taxonomique ordinaire dans leur gestion courante.
Où en est on?
Les recherches sont en cours, et les besoins d’études restent énormes, notamment sur les assemblages d’espèces et leurs traits de vie, le suivi temporel des microhabitats, leur capacité de dispersion et leur distribution spatio-temporelle en forêt naturelle.
L’on sait aujourd’hui qu’il existe des seuils fonctionnels pour ces espèces :
Un minimum de 2 ha d’un seul tenant pour conserver une diversité de bois morts (Jakoby et al., 2010).
Un minimum 10 ha d’un seul tenant pour conserver une diversité de dendromicrohabitats (Larrieu et
al., 2014).
Les DMH sont éphémères, et lorsque l’un disparait, les espèces qui en dépendent doivent en trouver un autre. Plus un DMH est fréquent, plus la surface forestière où existent ces DMH est importante, plus il est facile pour ces espèces de se réinstaller.
Il est important de conserver le maximum de forêts naturellement mixtes ayant des attributs de maturité, de créer des îlots de sénescence de grande surface, d’anticiper les discontinuités spatiales et temporelles, d’offrir dans la gestion courante les conditions favorables à leur existence.
L’Observatoire des forêts des Pyrénées centrales a publié un document intitulé « Recommandations pour renforcer la prise en compte de la biodiversité taxonomique dans les itinéraires sylvicoles » téléchargeable ici.
(1) TTGB = Très Très Gros Bois, qui correspondent à un diamètre minimum de 97,5 cms (pris à 1,30m du sol) pour les feuillus et les résineux





