Penchons-nous sur l’une des caractéristiques des vieilles forêts et leur utilité dans la matrice des forêts exploitées.
Les 21 et 22 Mars 2025, le colloque « Nos forêts demain – Comprendre, transmettre, agir », organisé par l’Institut de France, l’Académie des sciences et le Château de Chantilly, a rassemblé d’éminents scientifiques, forestiers et autres acteurs, autour du sujet.
Nous ne pouvons que vous conseiller de visionner la conférence en ligne, toutefois de plus de 7 heures !
Plusieurs interventions font un focus sur l’évolution du réchauffement planétaire et leurs conséquences sur la vulnérabilité des forêts.
L’intervention de Guillaume Decocq, professeur d’Université, directeur du laboratoire Edysan (Écologie et Dynamique des systèmes anthropisés) peut être visionnée à 1 heure 7 minutes.
Celui-ci nous explique : « Virtuellement, le nombre d’espèces est illimité en forêt, par contre le nombre de fonctions assuré, la profession si vous voulez de ces espèces, est en nombre limité ». A partir d’un certain nombre d’espèces, toutes les fonctions (comme par exemple, la décomposition de la litière) sont assurées.
Ensuite, lorsqu’on dépasse ce nombre d’espèces, « on ne va plus pouvoir apporter de fonctions puisqu’elles sont déjà toutes là, donc on dit que ces espèces sont redondantes, elles assurent la même fonction que des espèces qui étaient déjà là. »
Ce principe, la redondance fonctionnelle, postule donc que beaucoup d’espèces jouent un rôle similaire au sein de l’écosystème et qu’au-delà d’un certain seuil, l’augmentation du nombre d’espèces n’a plus d’influence sur les performances d’un écosystème.
En revanche, le graphique de la diapo ci dessous nous explique que cette redondance est très précieuse au cas où certaines espèces viendraient à disparaître sous l’effet de changements environnementaux. Grâce à cette redondance, une fonction peut perdurer même si la diversité des espèces se réduit à cause d’un aléa. La redondance fonctionnelle donne ainsi la possibilité aux écosystèmes de maintenir leur niveau de fonctionnement en cas de changements puisqu’elle laisse la possibilité à certaines espèces adaptées aux nouvelles conditions du milieu de palier la disparition d’autres espèces et de pérenniser ainsi l’efficience des processus écologiques (Lavorel, 2014; Yachi et Loreau, 1999)
- Intervention de Guillaume Decocq
Dans un écosystème simplifié par une sylviculture sélective, comme les monocultures, une perturbation qui provoque la disparition d’un certain nombre d’espèces peut donc avoir pour effet la perte de fonctions essentielles. Ce type de peuplement est par conséquent, peu résilient.
Et Guillaume Decocq de conclure : « Tout ça pour dire qu’il y a des fondements scientifiques très forts autour de cette relation entre biodiversité et fonctionnement des écosystèmes, et entre biodiversité et résilience ».
Les vieilles forêts, anciennes et matures, hébergent des milliers d’espèces, la plupart étant absentes des forêts exploitées. A travers ce seul exemple, les vieilles forêts semblent donc avoir des atouts de taille en terme de résilience face au changement climatique.
Il est intéressant d’intégrer les îlots de forêts matures dans la réflexion de ce qu’elles peuvent apporter aux peuplements alentour :
« Conserver un réseau de forêts inexploitées participe à la bonne santé des forêts », nous dit Guillaume Decocq.
Louis-Michel Nageleisen (référent expert au MAAF, entomologiste forestier), est l’un des nombreux spécialistes qui nous explique que « les arbres morts anciens ne présentent aucun danger pour la forêt. Au contraire, plusieurs études semblent montrer qu’ils abritent un cortège important de parasitoïdes et prédateurs qui exercent un certain contrôle des populations d’insectes ravageurs. »
Forêts Préservées en parle en ces termes dans sa page d’accueil : « la grande diversité florale, animale et fongique peut apporter des réponses rapides à des pullulations d’insectes dans des forêts exploitées alentour, liées au dérèglement climatique ou à des situations particulières »
La ressource bois provient d’un écosystème complexe dont il convient de respecter le fonctionnement. Changement climatique et effondrement de la biodiversité sont à considérer de manière indissociable, tant dans leur cause que dans les solutions à trouver.
Le respect des fonctionnalités des écosystèmes forestiers et des cortèges d’espèces associés ne devraient-ils pas être intégrés de manière systématique dans toutes les réflexions et prises de décision, tant territoriales que nationales ?




