Septembre 2019   Sapins rougis par la sécheresse … et donc ?

Cet été en France, les médias ont montré des forêts de sapins rougis par la sécheresse dans l’Est de la France, le Jura et les Vosges. Loin de nier le réchauffement observé et ses effets inquiétants sur les écosystèmes, nous sommes aussi conscients des enjeux économiques se jouant derrière les grands titres des médias.

Pour nous faire notre propre idée, nous avons demandé à Pascal Junod, ingénieur forestier, quelles forêts ont été réellement impactées par la sécheresse estivale dans le Jura suisse. Sa réponse est vraiment très instructive …



   Notre courriel :
 

Bonjour monsieur Junod,

Je me permet de vous contacter pour les questions suivantes :

J’ai vu des photos et articles d’une forêt jurassienne aux sapins rougis par la sécheresse, et cela m’interroge … je ne peux pas aller vérifier par moi même étant trop loin !

Savez-vous si ces sapins rougis sont des forêts naturelles anciennes, situées aussi sur des versants nord ?

Ou si ce sont plutôt des forêts de plantations, ou des forêts jeunes aux sols anciennement anthropisés ?

Les dépérissements dus au stress hydrique sont souvent vite récupérés, notamment par une partie de la filière bois, je souhaiterais savoir quel type de forêts ont été réellement touchées.
 

D’avance merci, bien cordialement,

Philippe Falbet, l‘auteur
 
 

   Réponse de Pascal Junod, ingénieur forestier, département du développement territorial et de l’environnement, Boudry, Suisse
 

Concernant la situation du sapin blanc dans notre région jurassienne, il est vrai que certaines images sont spectaculaires cette année.

De nombreux arbres sont fragilisés par les coups de chaud qui vont crescendo, ainsi que par les déficits hydriques que nous connaissons depuis 2015.

La situation est certes anormale, mais « déjà vue », notamment dans les années 1947-1949 (cf citation ci-dessous) et plus récemment en 2004.

Heureusement, l’écosystème forestier est un super-organisme extrêmement complexe, capable d’adaptations remarquables, pour autant qu’il ne soit pas artificialisé outre mesure et que la sylviculture se pratique de manière proche de la nature, avec le rajeunissement spontané comme stratégie.

Concernant plus concrètement votre question, je peux vous rassurer : les chablis observés chez nous se limitent aux sapins de basses altitudes (en dessous de 1’000 m), sur les pentes exposées au sud (en zone altitudinale des hêtraies, là où l’homme l’a exagérément favorisé), ainsi que sur les sols les plus superficiels.

En hêtraie à sapin et sur les versants nord, les effets conjugués du déficit hydrique et des canicules sont uniquement ponctuels et pour ainsi dire insignifiants.
 

Avec mes cordiales salutations.

Pascal Junod

Ingénieur forestier de l’arrondissement de Boudry
 

« La période d’années sèches que nous venons de vivre fut aussi un élément de destruction des forêts non en station : sapin blanc dans la zone inférieure à 800 m, hêtre dans la zone de la chênaie. Nous pouvons tirer de ces constatations la conclusion suivante : La fin naturelle des peuplements non en station est la destruction. Tout peuplement non en station est un corps étranger supporté plus ou moins longtemps, puis éliminé à un moment précis mais indéterminable à notre entendement. »

Jämes Péter-Contesse, 1953, Journal Forestier Suisse, Sur les peuplements non en station.
 
 

 

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