Rapport final du GEVFP – Vieilles forêts pyrénéennes

Le rapport constitue un compte-rendu des travaux réalisés entre juin 2012 et mars 2015 sur la phase 2 du projet Vieilles forêts des Pyrénées de Midi-Pyrénées.
Cette deuxième phase a permis :
– d’achever la cartographie des forêts anciennes des Pyrénées de Midi-Pyrénées ;
– de réaliser un inventaire et une évaluation des forêts répertoriées dans la cartographie des sites potentiels de vieille forêt ;
– d’établir une cartographie précise des sites de vieille forêt recensés ;
– d’élaborer une typologie des placettes et des sites inventoriés et d’en établir une liste hiérarchisée.

  


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Les résultats de cette étude ne sont pas publiés, ce sont des documents techniques destinés aux professionnels de la foresterie, de l’écologie et de la protection de la nature.
 
 

En voici une courte synthèse et les principales conclusions :

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Les vieilles forêts et les forêts anciennes refuge d’espèces des Pyrénées de Midi-Pyrénées couvrent environ 7 000 ha. Cela représente près de 2,1% de la surface forestière totale du territoire étudié.

On recense 205 sites de surface individuelle variant entre 0,7 et 287 ha.

Près de 65% des sites ont une surface inférieure à 25 ha, mais ils ne représentent qu’un peu plus de 20% de la surface totale de vieilles forêts. A l’inverse, moins de 10% des sites ont une surface supérieure à 100 ha, mais ils totalisent près de 40% de la surface totale.
 

où bulleLa répartition des sites de vieilles forêts, de leur surface et des pourcentages de leur surface sont très inégalitaires selon les 3 régions forestières inventoriées.

D’une façon générale, le nombre de sites, la surface et le taux de vieilles forêts augmentent depuis la Bordure sous-pyrénéenne jusqu’à la Haute chaîne. Inférieur à 1 sur la Bordure sous-pyrénéenne, le taux de vieilles forêts atteint 1,6% sur le Front pyrénéen et près de 4,1% sur la Haute chaîne pyrénéenne.

Quasi absentes à l’étage collinéen (1% de leur surface totale), les vieilles forêts deviennent plus fréquentes avec l’altitude (5% au montagnard inférieur, 26% au montagnard moyen et 42% au montagnard supérieur) puis se raréfient ensuite (24% au subalpin inférieur) et sont de nouveau quasi absentes au subalpin supérieur (2% de leur surface).
 

Il en va de même pour la répartition selon les départements. Les Hautes-Pyrénées et la Haute-Garonne sont mieux pourvus que l’Ariège, aussi bien en nombre de sites qu’en surface. Les vieilles forêts couvrent 3.5% de la surface forestière pyrénéenne dans les Hautes Pyrénées (3400 ha) et 4.1% en Haute Garonne (2700 ha), mais seulement 0.5% en Ariège (900 ha). 
 

D’autre part, les surfaces de vieilles forêts se répartissent très diversement selon les vallées. Les hautes vallées de Cauterets, de la neste d’Aure, de la Garonne, de la Pique et du Lys, du Ger sont bien pourvues (chacune de 10 à 15% de la surface totale de vieilles forêts). D’autres vallées sont peu concernées, en particulier celles de Luz, de l’Adour, du Couserans oriental, de la Haute Ariège et le Donezan, surtout si on ramène les valeurs à la surface forestière totale de chacun de ces territoires.
 

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Les vieilles forêts restent très mal réparties selon la propriété. Elles sont très largement présentes dans les forêts bénéficiant du régime forestier (près de 95%), en particulier en forêt communale (70%), même si les sites domaniaux sont assez bien représentés en Haute-Garonne et en Ariège.
 

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Plus de 80 % de la surface des vieilles forêts des Pyrénées de Midi-Pyrénées est dominée par le sapin pectiné.

A l’inverse, les vieilles forêts dominées par le hêtre ou le chêne sessile présentent des surfaces très faibles.

Même si le niveau de maturité des hêtraies n’est pas optimal (il y manque une dryade naturelle), l’abondance de dendromicrohabitats et de bois mort de hêtre leur confère un intérêt certain pour les espèces liées aux feuillus.

Les vieilles chênaies-hêtraies collinéennes répertoriées présentent un intérêt majeur car elles représentent les derniers vestiges de forêt de ce type encore présents sur le piémont pyrénéen

Les vieilles forêts dominées par les pins, pin sylvestre et pin à crochets, occupent plus de 900 ha, mais il s’agit le plus souvent de boisements lâches voir très clairs d’altitude, au-delà de 1600 m et jusqu’à 2470 m.
 

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Près de 75% des vieilles forêts bénéficient d’au moins une mesure en faveur de leur préservation, 64% au titre de la préservation de la nature (Cœur de Parc National, Réserve Naturelle, Réserve Biologique, Site Natura 2000) et 38% au titre du paysage (Site classé, Site inscrit).(1)

On peut y ajouter les 173 ha d’un projet de RNR en cours de constitution. A noter qu’il n’existe aucune Réserve Biologique Intégrale dont puisse bénéficier un des sites inventoriés et que le projet en cours d’instruction dans les Hautes-Pyrénées ne couvre pas de site de vieille forêt.
 
 

Extraits du dernier chapitre : « Synthèse, recommandations et conclusion » :
 

« Dans le cadre d’une stratégie de conservation à long terme de la biodiversité forestière, il faut veiller à la représentativité des conditions écologiques des peuplements (en couvrant notamment l’ensemble du gradient des conditions écologiques : étages bioclimatiques, stations, types d’habitats forestiers, etc. ; Rodrigues et al., 2004) et à leur répartition sur l’ensemble du territoire, d’ouest en est.

Au vu de la distribution actuelle des vieilles forêts dans les Pyrénées de Midi-Pyrénées, la totalité des sites mérite une attention particulière de la part des pouvoirs publics.

Afin de conserver les communautés d’organismes à écologie spécifique, il nous parait primordial de considérer que toutes ces taches de vieille forêt constituent potentiellement des sites majeurs de la trame forestière pyrénéenne (cœurs de biodiversité et éléments de corridor écologique). Elles présentent toutes un enjeu de conservation de la biodiversité représentative des forêts de montagne des Pyrénées centrales.
 

…/…
 

Compte tenu du manque de connaissances actuelles sur les capacités de dispersion des espèces associées aux vieilles forêts, sur les rôles des espaces intercalaires et sur la relation entre la surface d’un site et sa capacité d’accueil, il est prématuré de proposer un véritable réseau de sites permettant de conserver les espèces caractéristiques des vieilles forêts.
 

…/…
 

L’analyse cartographique des vieilles forêts fait néanmoins ressortir deux grands types de distribution des sites dans le paysage, qui suscitent deux axes de réflexion :

des secteurs à forte densité de sites de surface unitaire souvent assez importante, en général localisés dans les parties supérieures des vallées, formant ainsi de grands ensembles qui balaient un fort gradient altitudinal (exemples des hautes vallées d’Arrens, de Cauterets, de la Pique et du Lys, de la Garonne, du Ger, du Ribérot, …).

Ces ensembles pourraient constituer des cœurs de biodiversité de la sous-trame forestière. Cela nécessite de confirmer cette hypothèse par des travaux complémentaires qui permettraient notamment de préciser le seuil de surface minimum pour considérer un site comme suffisamment grand pour « bien fonctionner ». Une vingtaine de ces « massifs » de vieille forêt ont été répertoriés.
– des secteurs abritant seulement quelques sites, souvent de faible surface unitaire, dispersés le long des parties inférieures et moyennes des vallées. 

Les distances observées entre sites les plus proches incitent à penser qu’ils sont isolés les uns des autres, notamment au regard des capacités de dispersion connues pour les espèces les moins mobiles. Cependant, nous ne sommes pas en mesure de définir le statut de ces sites dans le maintien des populations à l’échelle du paysage. Même s’ils s’avèrent trop petits, ils peuvent néanmoins jouer un rôle dans le maintien d’une certaine connectivité, en tant que « pas japonais ». Environ 65 « ilôts » de vieille forêt se rattachent à cette catégorie.

 

…/…

En conclusion, cet ensemble de vieilles forêts nous semble constituer une trame de base pour la mise en place d’un réseau cohérent de conservation de la biodiversité taxonomique typique des forêts de montagne de la partie centrale du versant nord de la chaîne pyrénéenne. »
 
 

(1) Note de l’auteur : Une forêt mature sera classée « en repos » en raison des difficultés d’exploitation, du peu d’intérêt économique qu’elle représente ou (et) de la sensibilité des acteurs (propriétaire et gestionnaire) face à son intérêt biologique, mais elle n’est pas à proprement parler protégée au titre du paysage, ou par un statut comme Natura 2000. Son exploitation peut être validée ou ajournée dans le Plan d’Aménagement Forestier (élaboré généralement pour 20 ans, et qui peut être révisé durant cette période). Une piste forestière peut être aujourd’hui encore, créée à travers une vieille forêt pour rejoindre un bois exploitable, après validation des administrations compétentes.


Pour connaître les travaux effectués par le Groupe d’Etudes des Vieilles Forêts Pyrénéennes, voir l’interview qui lui est consacrée

en cliquant ici.

 
Pour toute demande d’envoi de ce rapport, soumis à autorisation du GEVFP, merci de nous contacter directement via le formulaire de contact.
 
 
 

4 réflexions au sujet de « Rapport final du GEVFP – Vieilles forêts pyrénéennes »

  1. Michel BARTOLI

    « il y a moins de vieilles forêts domaniales dans le 65 que dans le 09 et le 31 » est lié au fait qu’il y, relativement, peu de FD dans le premier département cité ! L’approche statistique sur ce type de critère (bien loin de la problématique) n’est pas pertinent.

    Une forêt en ruine, sans aucun renouvellement, surpâturée, claire mais très riche en vieux arbres proches de leur mort accélérée par le traitement en têtard ; Elle remplit donc les critères choisis pour être une vieille forêt en est-elle une ? Je ne crois pas. Un parc abandonné donnerait le même résultat. Or, il y a dans la liste ce type de forêt.
    Que pensez-vous de ma remarque ? Signalé en temps et heure à l’auteur du rapport.

    MB

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    1. Phil69Cor62@47 Auteur de l’article

      Bonjour, première remarque : Vous faites ici référence, je suppose, au paragraphe : « A qui? » qui est un constat parmi d’autres : « les sites domaniaux sont assez bien représentés en Haute-Garonne et en Ariège » (ce qui suppose moins dans le 65).
      Deuxième remarque pour ce type de forêt dont vous parlez : Il ne s’agit pas à proprement parler de ce qui est appelé une « vieille forêt » car il manque certaines de ses caractéristiques. Je connais une forêt de ce type dans le Comminges, avec une faible diversité d’espèces arborescentes, le hêtre étant seul représenté (avec renouvellement assuré). Toutefois, il y existe quand même des attributs classiques de vieilles forêts : nombreux TGB et même TTGB, nombreux bois morts (même s’il existe un déficit de chandelles), grand nombre de micro-habitats. C’est ce que le GEVFP appelle une « forêt ancienne refuge d’espèces » pour les distinguer des vieilles forêts. Elles sont très peu nombreuses à ma connaissance, occupent une très faible superficie, mais sont très riches en espèces, notamment corvidés, rapaces nocturnes, coléoptères saproxyliques. Je n’en connais pas d’autres, et ne connais pas les critères plus fins correspondant à la détermination de ces forêts anciennes refuge d’espèces.

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      1. LE BOULER

        H LE BOULER
        Bonjour Michel , Bonjour Philippe.
        1) Comme le souligne Michel Bartoli, l’ancienneté de l’état boisé ne préjuge pas de l’état écologique présent . Cependant , le maintien d’un état boisé sur des périodes longue reste un critère de présomption de richesse en matière de biodiversité qui justifie l’intérêt de mesures de protection conservatoires .
        Ces mesures de mon point de vue ne doivent pas être a priori des mises sous cloche excluant par principe la récolte de bois mais une attention particulière doit être apportée pour identifier les composantes de la biodiversité qui nécessitent des mesures de protection et de gestion adaptée.
        2) Sur le faible taux de forêts anciennes dans le subalpin supérieur, on doit prendre en compte, outre la pression anthropique traditionnelle du pâturage d’estive , le fait que cette zone aujourd’hui subalpine supérieure était très probablement de type alpin lors du dernier petit age glaciaire et donc totalement asylvatique. Le déplacement en altitude, des étages bioclimatiques de végétation est rapide et amené à s’accélérer ce qui rend d’autant plus urgent et utile le suivi fin de la dynamique de la biodiversité des ces frets anciennes .

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        1. Phil69Cor62@47 Auteur de l’article

          Bonjour Hervé, je répond à vos remarques :
          La première : Les forêts anciennes refuge d’espèces sont un cas à part, elles sont incluses dans le rapport pour les intérêts dont je parlais auparavant dans ma réponse à Michel. Elles sont très rares (il n’y en a que 2 de grande superficie, chacune sur moins de 30 hectares). Y permettre l’exploitation serait à juger au cas par cas mais comme moi, vous savez sûrement très bien qu’une coupe entamerait la richesse et donc la richesse potentielle de ces parcelles, malgré des mesures conservatoires généralement trop spécialisées pour prendre en compte l’ensemble de l’existant, des pistes et engins qui tasseraient les sols, etc.
          Quant aux vieilles forêts pyrénéennes dans leur ensemble, elles ont été inventoriées selon une typologie et un protocole stricts et adaptés. Il faudrait tendre pour les vieilles forêts, de mon point de vue, à une protection maximale y excluant tout simplement les coupes sylvicoles. Je ne vois pas cela comme des mises sous cloche, mais comme une protection adéquate permettant aux cycles naturels de perdurer. N’oublions pas que nous parlons des derniers lambeaux de forêt accomplissant la totalité de leur cycle, qui ne sont pas seulement anciennes mais matures. Elles représentent un peu plus de 2% des forêts de montagne, c’est très peu, dans des endroits où la machine ne pénètre pas encore en raison de son inaccessibilité. Des mesures de protection adaptées incluant la récolte de bois, ne feraient que déstructurer ces derniers bastions, une nature forestière subnaturelle très précieuse, qui a disparu ailleurs.
          La deuxième : Critère tout à fait pertinent effectivement.

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