Pyrénées, terre de contrastes !

Forestiers, stations de ski, centrales hydroélectriques, élus, scieries, chasseurs, bergers, pêcheurs, naturalistes, ainsi que d’autres usagers de la montagne divers et variés, sont directement concernés par la protection du patrimoine forestier à caractère naturel.




Dans les Pyrénées, la concertation des acteurs existe, concernant les grandes orientations touchant au Parc National des Pyrénées, aux Parcs Naturels Régionaux (1), à l’élaboration des corridors écologiques de la Trame Verte et Bleue, à l’élaboration des SCOT, aux espèces emblématiques, entre autres. Chacun y exprime ses intérêts, afin qu’ils soient pris en compte dans la gestion du milieu naturel.
 

Dans les Pyrénées centrales, deux Observatoires des forêts ont été créés, animés par des chargés de missions recensant également les vieilles forêts de montagne et de plaine en partenariat avec le GEVFP.

Il s’agit de l’Observatoire des forêts commingeoises, créé en 2015 et porté par l’association Nature Comminges, et de l’Observatoire des forêts des Hautes Pyrénées, créé en 2016, porté par le Comité local 65 de Nature Midi Pyrénées. Les deux observatoires ont des missions similaires de veille écologique, sensibilisation et inventaires de vieilles forêts. En partenariat avec d’autres acteurs, ils contribuent dans leurs objectifs à la prise en compte de la biologie dans la gestion multifonctionnelle de la forêt.

Clairement, il manque une dynamique associative en Aquitaine et dans l’ancienne région Languedoc Roussillon permettant une représentation efficace dans ces commissions et réunions, ainsi qu’une synergie collective permettant la prise en compte des valeurs biologiques de la forêt, qui couvre plus de 40% des Pyrénées.

Le manque d’intérêt envers l’habitat forestier ancien par le public naturaliste, habitué à des entrées par espèce (dont l’utilité n’est pas contestée), est flagrant. Ce manque se constate également dans les actions de veille écologique, pourtant nombreuses, qui pourraient être menées sur le terrain. 

2.5

Partout dans le massif, se jouent des batailles juridiques souvent inégales entre défenseurs de la nature et aménageurs.

De nombreuses stations de ski sont en procès, l’ont été ou mériteraient de l’être en raison de dégradations majeures projetées ou constatées sur des milieux naturels sensibles, n’en déplaise à certains.

Certaines micro centrales hydroélectriques (sans bien sûr, pointer du doigt l’ensemble de la filière!) assèchent des écosystèmes forestiers au nom d’un développement durable complètement faussé, en prélevant jusqu’à 90% de l’eau en période d’étiage…





Dans les vallées, il est compréhensible que les anciens qui ont sculpté le paysage, travaillé la terre et mis en pâture leurs troupeaux, se désolent de la recolonisation des prés et du bocage par les ronces, la friche et les bouleaux, annonciatrices du retour de la forêt. Toutefois, ces mêmes anciens parlent parfois de belles forêts aux ambiances sauvages qu’ils traversaient par des sentiers sinueux lors de la transhumance, lorsque les pistes forestières n’existaient pas dans les années 60.

 

DSC03517En forêt publique, il est fréquent de voir, de larges pistes forestières zigzaguant au cœur des massifs. Elles sont pratiques pour le passage des troupeaux et pour les bergers montant en véhicule motorisé le week end à l’estive. Il arrive qu’elles fragmentent le milieu, parfois brutalement, inondant de soleil les pentes moussues.

 
O
bturer certaines pistes après exploitation (par empierrement par exemple) doit être une priorité, si elles conduisent à des zones sensibles. Décision laissée, dans les forêts communales, à l’appréciation des mairies.

 

La présence de
barrières avec panneaux B-0 d’interdiction d’accès à tout véhicule non autorisé, dissuade généralement les véhicules de tourisme, mais n’empêche pas le passage des nombreux ayants droits, et souvent quads et motos trials.

Croire à l’existence pérenne des barrières avec cadenas relève aujourd’hui de l’utopie : elles sont systématiquement forcées et restent donc ouvertes sur la plupart des pistes forestières. L’agent forestier assermenté peut verbaliser et s’emploie souvent à le faire, mais force est de constater les nombreux abus quotidiens sur les pistes forestières et hors piste.

Rappelons ici les 3 missions de l’Office National des Forêts, gestionnaire des forêts publiques françaises : Accueillir, produire, protéger.

Chefs de triage, aménagistes, agents patrimoniaux ont d’énormes domaines à gérer. Parmi les forestiers, existent des opinions, des connaissances et des sensibilités différentes. La deuxième mission citée, celle des objectifs à atteindre, est plus que jamais prioritaire (2).
 

Parmi les usagers, il est autant d’avis que de personnes. Ici, nature, culture et activités traditionnelles sont extrêmement liées.

La vision qu’une belle forêt de montagne est une forêt nettoyée, et que les maladies sont transportées par les champignons lignivores, a la vie dure. Dans le même temps, une partie des pyrénéens (parfois les mêmes!) ressent la complexité des équilibres naturels, et est de ce fait sensibilisée aux dynamiques propres aux écosystèmes forestiers.


Voici quelques exemples représentatifs de projets où les intérêts économiques passent devant la préservation des vieilles forêts.           Le bon sens, la mobilisation locale et les associations, notamment les APNE (3), sont et seront parmi les principaux garants du patrimoine naturel, lorsqu’il est menacé.

Guzet Neige et Mijanes :

En 2005, un projet d’extension du domaine skiable de cette station ariégeoise est présenté sur une zone naturelle protégée et encore vierge d’aménagements, le vallon du Fouillet. Le projet vise une trouée dans une vieille sapinière de plusieurs kilomètres de long, sur une largeur de 20 à 30 mètres. Il condamne la présence du Grand Tétras dans la zone, espèce en voie alarmante de régression. En effet, durant les longs mois d’hibernation, un dérangement trop fréquent (notamment par les tirs déclenchant les avalanches pour la sécurité des skieurs) peut lui être fatal, sa fuite se soldant par une perte d’énergie vitale.

Même cas de figure pour la station familiale de Mijanes, où les déclenchements d’avalanche et la fréquentation condamneraient l’espèce.

Les deux projets d’extension sont également décriés comme non viables économiquement par de nombreuses voix.

Il est important de préserver la montagne, mais dans ce secteur investi depuis longtemps par l’homme, où les inévitables nuisances ont été prises en compte depuis plusieurs années, où la preuve a été faite que l’on peut aménager sans détruire, il est dommage de bloquer ainsi tout développement” Paul Fontvielle, investisseur privé local à Mijanes, après l’instruction du dossier.

Le cas de Guzet est une première, puisque le Tribunal Administratif de Toulouse a donné raison aux APNE, et ordonné l’abandon du projet. Le projet d’extension de Mijanes a également été abandonné après la victoire en cour de cassation des associations de protection de la nature (qui n’ont, soit dit en passant, aucune étiquette politique). A noter, en faveur du Grand Tétras, des signaux encourageants pour la préservation de l’espèce (voir la rubrique “Actualités”).

Micro centrale d’Ustou :

Une micro centrale a le droit de mettre 90% de l’eau d’un cours d’eau en dérivation pour sa conduite forcée, et ce sur plusieurs kilomètres (!). Si le ruisseau traverse un écosystème naturel, cela peut entraîner des effets catastrophiques sur la flore et la faune, et assécher partiellement le milieu.

Même si cette énergie est reconnue comme renouvelable, son autorisation d’exploitation sans garde fou (ce qui commence à changer grâce aux jurisprudences) peut donc avoir des effets très négatifs sur le milieu naturel.

A Ustou en Ariège, une tête de bassin de 2 rivières à la biodiversité remarquable est pour l’instant préservée grâce à l’action en justice du CEA, le Comité Ecologique Ariégeois, composé de quelques dizaines de bénévoles et d’une avocate particulièrement dévouée. L’affaire est en cours, les rivières sont en attente de classement “en très bon état écologique”.  85% des cours d’eau pyrénéens sont concernés par l’hydroélectricité.

pic à dos blanc

Le pic à dos blanc vit dans les forêts agées (moins de 400 couples recensés au total).



Groupe Roullier : Voir l’article sur la forêt de Zilbeti, dans l’onglet “actualités”.

Cette forêt est menacée par une exploitation minière usant de moyens peu orthodoxes (prélèvements durant les fêtes de fin d’année 2011 de 800 tonnes d’“échantillons” sans permis). La zone est pourtant classée Natura 2000 et ZSC (Zone Spéciale de Conservation). Elle est aussi tête de bassin (sources de la Nive et d’un affluent majeur de l’Ebre).

C’est une hêtraie acidophile à fort intérêt patrimonial, située sur les versants espagnols pyrénéens. Continuité naturelle de la forêt d’Iraty, elle a été cédée au roi de Navarre au 13ème siècle.
Les enjeux naturalistes sont ici sans appel et appuyés de très nombreuses études.  Exploitée de manière durable depuis 1991, on y trouve de nombreuses zones inaccessibles de forêt mâture à la biodiversité exceptionnelle, dont 17 couples de pics à dos blanc, Dendrocopos Leucotos de la sous espèce lillfordi, endémique de l’Ouest des Pyrénées.



Les fortes personnalités :

Plusieurs fortes personnalités au charisme puissant, partisanes d’une nature gérée de façon très différente, voire opposée, existent dans les Pyrénées.

A l’origine d’actions choc impressionnantes, elles font parler d’elles et se distinguent de par leur haine contre certaines espèces. L’introduction de ces espèces est discutable, mais les tactiques peu orthodoxes employées envers les sympathisants, eux non violents, sont honteuses et non démocratiques. La politique de la peur et de l’opposition farouche peinte sur les routes influence les esprits. N’avez vous donc pas peur de l’ours et du grand méchant loup?
 

D’autres, et souvent les mêmes personnes, critiquent l’action de naturalistes de terrain sur le territoire et les assimile à des radicaux écologistes. Certaines d’entre elles occultent les arguments en faveur du grand tétras cités plus haut concernant ces mêmes stations de ski, considérées comme victimes. Il est impossible de vouloir échanger avec elles, ou simplement d’insérer un commentaire sur un de leurs sites, où l’on rencontre un mur. Croyez en mon expérience personnelle.
 

Groupama :

Voici un cas unique, heureusement abandonné, l’interdiction de passage aux randonneurs par Groupama d’une forêt de 1900 hectares en sa possession, qui barrait le passage au massif du Madres. Le motif d’en faire un territoire de chasse privé, l’ouverture d’une piste sans autorisation, étaient des arguments avancés par le collectif local créé pour l’occasion.

Je veux faire de ce domaine un écrin et éviter absolument le tourisme de masse”,  se justifiait Amaury Cornut-Chauvinc, président de Groupama Méditerranée. Dans le camp d’en face, on assurait ne pas comprendre. “En haute saison c’est quelques dizaines de personnes par jour, et l’hiver il y a des semaines entières où personne ne monte au sommet du Madres”, commentait Gilles Bouchet, montagnard averti.

 

Pyrénées …… terre de contrastes !


(1) : Parc Naturel Régional des Pyrénées Catalanes, Parc Naturel Régional des Pyrénées Ariégeoises

(2) : Voir l’interview avec Livio Tillati, aménagiste de l’ONF

(3) : Association de Protection de la Nature et de l’Environnement

 

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