Été 2020 : protéger des arbres, exemples concrets

Partout en France, des arbres vénérables, des alignements de haies centenaires, des forêts subnaturelles ou à l’esthétisme particulier, peuvent disparaître en un clin d’oeil. La disparition brutale d’ambiances authentiques, aimées, laissent impuissants naturalistes, promeneurs et voisins qui les connaissaient, les fréquentaient, les admiraient.

Il est possible d’agir, toujours faut-il connaître les projets suffisamment en amont, et savoir frapper aux bonnes portes. Une recherche pas évidente, qui prend souvent du temps.


 

Lorsqu’en passant devant la cathédrale Saint Etienne, on s’aperçoit que le plus vieil arbre de Toulouse est coupé, lorsqu’en se rendant aux sauvages étangs de Corot, on découvre qu’en un hiver, la transformation paysagère subie ne laisse rien des ambiances connues, ce sont des sentiments de l’ordre de l’impuissance, de la tristesse et du deuil qui peuvent surgir.
 

Pourtant, des personnes, des collectifs d’habitants, des associations de protection de la nature, réussissent ça et là à sauver des arbres, à condamner des personnes qui vont trop loin, à éviter une coupe abusive ou une création d’accès routier détruisant arbres et ambiances forestières.

Afin de donner quelques pistes aux personnes souhaitant aller en ce sens, deux cas concrets survenus en 2020 en piémont pyrénéen sont développés ci-dessous. Nous espérons qu’ils puissent vous aider.
 

EXEMPLE 1 : arbre vénérable d’une forêt communale en piémont audois

 
Durant l’été 2020, des habitants locaux près de Puivert (piémont audois) se rendent compte qu’un hêtre magnifique, qu’ils connaissent et affectionnent particulièrement lors de leurs promenades,  va être abattu !

En effet, la parcelle de la forêt communale en question est entrée en coupe, et l’arbre fait partie de ceux qui sont marqués à la bombe rouge, pour être scié probablement sous une semaine à 10 jours …

 
Affolés, ils décident de contacter le maire, et l’Observatoire des forêts des Pyrénées centrales.

Ce dernier, qui agit à l’échelle des Pyrénées centrales pour la prise en compte du volet « biologie et écologie » dans la gestion dite durable et multifonctionnelle, a une convention avec l’Office National des Forêts, gestionnaire des forêts publiques. Il contacte directement l’Office à ce sujet par courriel.

 
L’Observatoire fait valoir la taille unique et exceptionnelle de l’arbre
(hêtre de 96 centimètres de diamètre à 1.3 mètres de hauteur, pour une trentaine de mètres de haut) dans cette région aux sols pauvres, ainsi que l’affection que lui portent les habitants locaux qui l’ont contacté.

 
Il est alors communément décidé de conserver l’arbre
 ; et ce in extremis, puisque l’agent forestier, prévenu en dernière minute, a contacté le bûcheron quelques jours avant que celui-ci n’abatte l’arbre.

 
L’arbre est sauvé, juste à temps, et ce sans argument législatif particulier
, simplement parce qu’un collectif d’habitants a tapé aux bonnes portes au bon moment, pour que sa demande soit prise en considération.
 
 

Le hêtre est toujours sur pied

 

Que faire ensuite, dans ce cas précis, pour que l’arbre soit préservé sur le long terme ?

 
1. Demander au conseil municipal à ce que l’arbre soit classé en « arbre bio » par l’Office National des Forêts (« arbre pour la biodiversité »), dénomination qui existe en forêts publiques, pour désigner des arbres identifiés pour leur importance pour la biodiversité, et qui sont conservés jusqu’à écroulement)

 
2. Faire connaître cette nouvelle dans la revue municipale ou un journal local, communiquer.

 
3. Répertorier cet arbre à l’association A.R.B.R.E.S
 

L’association A.R.B.R.E.S répertorie les arbres remarquables de France, dans et hors forêt, tant dans l’espace public que privé. Toutefois, elle s’intéresse surtout aux arbres remarquables à portée nationale. https://www.arbres.org/les-identifier.htm

Si l’arbre à sauver est exceptionnel de par sa taille, son âge, mais aussi de par l’attachement qui existe de la part des habitants, il ne faut pas hésiter à faire valoir sa présence pour qu’il figure dans l’inventaire des arbres remarquables de France. Cela vaut aussi pour certains alignements d’arbres, par exemple, des mûriers centenaires.

Le représentant Ariège/Aude avait été contacté par l’Observatoire des forêts lorsque cette affaire est apparue, mais ne pouvait se déplacer. Cette personne est bénévole, et comme tout bénévole, elle consacre un temps limité aux actions associatives.

Le travail d’inventaire d’arbres remarquables est énorme en piémont et sur la haute chaîne pyrénéenne.

Toutes les volontés sont bienvenues pour étoffer une base de données précieuse, permettant d’identifier des arbres et si le cas se présente, être un atout pour les sauver.
 
 

Si ce sujet vous touche et que vous souhaitez agir, nous ne pouvons que trop vous conseiller de vous rapprocher du correspondant local de l’association A.R.B.R.E.S, en demandant son contact aux coordonnées figurant sur le site internet.
 

La protection d’un arbre peut être un long chemin, les réglementations sont nombreuses et complexes.

Si l’arbre qui tient à cœur n’a pas les critères exceptionnels attendus, et en cas de menace d’abattage :
 

– dans le domaine public : vérifier s’il appartient à un Espace Boisé Classé (EBC) dans le Plan Local d’Urbanisme (PLU). Dans ce cas, l’arbre ne peut être abattu, sauf pour raisons de sécurité.

Porter à connaissance le cas auprès du la maire et du conseil municipal concerné.

Pour plus d’informations, cliquer ici

 
– il peut être fait appel au collectif d’initiatives citoyennes du GNSA, Groupe National de Sauvegarde des Arbres,
dont le but est d’apporter un soutien aux mouvements citoyens et à appuyer tous les groupes qui luttent pour le respect des arbres en milieu urbain et en milieu rural.
 

– il peut être fait appel à l’association Andarbre qui pourra vous conseiller et éventuellement vous rediriger vers des personnes ou des organismes.
 
 

EXEMPLE 2 : haie d’arbres centenaires à Huos, Comminges 

 
En Janvier 2020, une pétition circule sur internet : « Arrêt de l’abattage d’arbres et conservation des pierriers sur le commune de Huos (31) »

 
La pétition, créée par un collectif d’habitants locaux, dénonce l’abattage de haies d’arbres parfois tricentenaires protégés par un arrêté préfectoral, et de pierriers qui avaient été classés avant le remembrement. Elle circule dans tout le pays commingeois et au-delà.

 
Le maire
, qui avait déjà eu du fil à retordre avec l’agriculteur, celui-ci supprimant des haies depuis 2018, intervient à nouveau fin 2019 pour stopper un nouvel abattage.


Nature Comminges
, association locale de protection de la nature, et sa fédération FNE Midi Pyrénées, s’associent à la mairie pour porter plainte au tribunal administratif.

L’agriculteur est reconnu coupable, et doit verser des dommages et intérêts.

 
Ce cas d’école montre que la conjonction de personnes et d’organismes de la société civile peut changer le cours des choses. Toutefois, une telle conjonction d’arguments est exceptionnelle.
 

Pour toute destruction ou suspicion de destruction d’alignements ou d’arbres de haies, vous pouvez en référer à votre commune, vous adresser à l’association de protection de la nature la plus proche de votre domicile.
 

Le réseau régional regroupant les opérateurs de la haie d’Occitanie au sein de l’Association Française Arbres et Haies Champêtres d’Occitanie,  regroupe des membres dont la mission est la reconnaissance des haies champêtres et du rôle de l’arbre dans la sauvegarde et la restauration du paysage.
 

Si votre commune fait partie d’un PNR ou d’un Parc National (même une commune de la zone périphérique), n’hésitez pas à les contacter.
 

Nous espérons que cet article vous sera utile … Sa seule prétention est d’apporter un modeste éclairage à travers deux exemples concrets.
 
 

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