Mars 2015   APNE : Le bas de laine bel et bien troué

En ce début d’année 2015, les perspectives du petit monde de la protection de la nature ne sont pas bonnes. Le désengagement de l’État envers les APNE (1) est réel, et nombre d’entre elles se demandent comment conserver les emplois actuels et les actions engagées. Développements ci dessous.

 


Le monde naturaliste en général est peu enclin à verser des tonnes de fumier devant une préfecture dans un monde où l’on observe que c’est la contestation qui est souvent payante.

Ici, quelques rassemblements impressionnants pour des projets intolérables, mais jamais d’actions spectaculaires, pas de coups d’éclats intimidants. Néanmoins, les efforts qui sont demandés aujourd’hui atteignent des limites. Les chiffres sont tout simplement consternants et passent pourtant comme une lettre à la poste, sans réaction médiatique.

 

« La situation est très mauvaise. On demande à tous les ministères de faire des économies, nous n’y échappons pas ».

Cette première phrase d’introduction d’une réunion entre la DREAL Midi Pyrénées (2) et les APNE en Janvier 2015 est immédiatement suivie du chiffre divulgant l’ampleur de la mesure : seulement 57 % du budget demandé par la DREAL pour la Biodiversité au Ministère de l’Ecologie a été allouée pour 2015. Par voie de conséquence, seuls quelques dossiers prioritaires continueront à être financés en région, par des employés d’État « entre le marteau et l’enclume » devant jongler le mieux possible avec le budget prévisionnel. Parmi les 31 espèces bénéficiant d’un Plan National d’Actions en région Midi Pyrénées, seules 5 à 6 bénéficieront d’un budget en 2015 contre 10 à 15 habituellement.

Ne nous attendons pas à des nouvelles plus réjouissantes en 2016 : La création de l’Agence Nationale pour la Biodiversité, très, très loin des actions locales d’associations engagées où l’argent manque, risque de capter énormément de fonds.

Très, très loin de nous : C’est aussi le constat qui est fait par nombre d’associations, qui relèvent le « mépris » (3) du Ministère de l’Ecologie à Paris, ne répondant même plus aux demandes directes adressées par courrier.
 
 

Le devenir des vieilles forêts pyrénéennes, objet de ce site, est il ici concerné ? Sommes-nous ici hors sujet par rapport aux vieilles forêts pyrénéennes ?

Le maillage associatif en termes de protection de la nature est très important tout le long de la chaîne pyrénéenne. Ce sont plusieurs milliers de bénévoles qui proposent des sorties nature, des nuits de la chouette, participent aux comptages d’espèces sensibles … Ils forment, sensibilisent, sont engagés dans des veilles écologiques dans de très nombreux domaines, pallient à la méconnaissance de la flore, de la faune et des habitats naturels. En ce sens, ils participent à leur vulgarisation et à leur acceptation auprès des élus, des écoles, des différents publics fréquentant la montagne. La Protection de la Nature emploie également sur le territoire des centaines de personnes aux compétences précieuses.

Aujourd’hui, l’existence même de certaines de ces associations est remise en question en raison d’un manque de moyens flagrant alloué par l’Etat. Autre difficulté, celle de faire accepter certains dossiers européens (FEDER) par ceux qui les sélectionnent, à savoir en Midi Pyrénées, les Conseillers Régionaux, aux sensibilités très diverses.

A côté de cela, la nature s’artificialise un peu partout, les financements étant distribués ailleurs, dans des rouages économiques qui ont une autre conception de l’écologie.
 
 

Autre point chaud, les financements destinés aux EEDD (Education à l’Environnement et au Développement Durable) par la DREAL.

Même constat : La situation est très mauvaise. Les actions bénéficiant d’un plan pluri-annuel sont maintenues mais aucune action nouvelle ne pourra recevoir d’aides de la part de l’État. Lors d’une réunion spécifique en Janvier sur les EEDD, il a été dit que des associations pourraient être soutenues ponctuellement, information démentie ensuite par le responsable de la Division Biodiversité par téléphone, tout au moins sur le premier semestre 2015. Les budgets pour l’éducation à l’environnement et l’éveil à la nature se retrouvent réduits drastiquement, sacrifiés sur l’autel de la crise économique.

Nous pouvons donc continuer à tisser un maillage associatif grâce à des bouts de ficelle, loin, très loin de la « Conférence Paris Climat » à venir, placée sous le signe de l’exemplarité environnementale, préparant des mesures couteuses et intéressées, ignorant ceux qui oeuvrent de manière locale dans les réalités des territoires.

Initiative qui en dit long, la DREAL a consacré en ce début d’année une partie de ses interventions sur son rôle de facilitatrice envers le mécénat d’entreprise.
 
 

Le signal du phare est clair. Reste à savoir comment va réagir le bâteau.
 
 

(1) APNE : Association de Protection de la Nature

(2) DREAL : Direction Régionale de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement, échelon régional du Ministère concerné

(3) Mot employé en réunion par un associatif et approuvé par l’ensemble des associations présentes, dont l’expérience est similaire.
 
 

Une réflexion au sujet de « Mars 2015   APNE : Le bas de laine bel et bien troué »

  1. Phil69Cor62@47 Auteur de l’article

    Merci pour ce magnifique combat Philippe. Notre équipe renouvelée de salariés à Toulouse devient dynamique et encore plus motivée, accompagnée par des administrateurs anciens et nouveaux , non moins actifs, pour en guider les stratégies ou en participations prégnantes.
    Nous aurons tous besoin de nous rassembler sous une même bannière de la biodiversité, contre l’indifférence absolue de nos dirigeants actuellement autistes.
    Christian Barat, administrateur de Nature Midi Pyrénées (commentaire publié avec son accord)

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