Les gardiens de l’ombre

Laurent Nedelec et Grégory Ortet ont uni leur passion des grands espaces pyrénéens, de la photographie et de la faune sauvage dans l’ouvrage « plumes de cimes ».

En voici un aperçu, avec une histoire de Grand Tétras, l’oiseau magnifique. Extrait.


ambiance forestiere




Vastes hêtraies sapinières escaladant les versants ou peuplements plus clairsemés des pins à crochets venant tutoyer la haute montagne, les forêts d’altitude sont le refuge et l’habitat de nombreuses espèces animales. Ces espèces ont souvent en commun d’être discrètes. Une forêt naturelle est un réservoir inépuisable de mystères, de sensations, d’émotions. De par leur étendue et leur relief difficile, certaines forêts de montagne ont, plus que d’autres, su conserver leur caractère naturel et servir de refuge à des espèces repoussées par la civilisation galopante…
 

 

Le jour n’est pas encore levé dans la vieille sapinière. La chouette hulotte égrenne quelques « hou hou » dans le lointain. Sinon le silence est roi. Quoique… A écouter plus attentivement des bruits « bizarres », espacés de quelques secondes, tombent de certains sapins : « telep……….telep……. ».

 
tetras contre jour j


Après 20 minutes de ce manège, le son se complexifie en une strophe élaborée mêlant des bruits de cisaillement et le fameux bruit de bouteille qu’on débouche : le grand tétras commence sa parade. Perché sur une branche élevée d’un vieux sapin couvert d’usnées, le grand coq fait la roue.

Sa silhouette dodue se découpe sur le ciel étoilé. Les premières lueurs de l’aube rosissent à peine l’horizon à l’Est.

Puis, en un grand fracas d’ailes, un gros oiseau tombe au sol, bientôt imité par tous les autres mâles de l’arêne. Et, toutes rectrices étalées, le plumage gonflé, les coqs parcourent à petits pas arrogants leurs quelques mètres carrés de territoire aux limites invisibles, en lançant à la cantonade leur discours étonnant.

grand tetras cache

 
Commence là un spectacle venu du fond des âges, qui voit s’affronter en joutes orales et parfois physiques les grands coqs de bruyère pour gagner les faveurs des discrètes poules au plumage subtil et mimétique. Pendant un long moment, ils seront les seuls à percer le silence de la vieille forêt, hormis les hululements sporadiques de la chouette au loin. Puis les grives et les rouge gorges se réveilleront et couvriront de leurs chants sonores les discrètes parades des grands coqs.



petit sapin




Ce spectacle, autrefois commun dans toutes les forêts montagneuses de France, est en passe de devenir rare. Disparu des Alpes françaises, l’oiseau survit à peine dans les Vosges, le Jura et le Massif Central (où il a été réintroduit après disparition complète), et régresse de façon alarmante dans les Pyrénées. Symbolisant à merveille la sauvagerie des vieilles forêts, il est discret et farouche et ne se laisse observer – avec de multiples précautions – que pendant la saison des amours.

 

Ses besoins de tranquillité, d’espace et de sauvagerie, son attrait pour les forêts anciennes, font que là où il y a des grands coqs, il y a de nombreuses autres espèces exigeantes…et la possibilité pour l’homme de s’évader pour un temps loin de la civilisation trépidante.


 « Les gardiens de l’ombre » est un texte extrait de l’ouvrage « Plumes de cimes » co-écrit par Laurent Nedelec et Grégory Ortet. Toutes les photos ont été réalisées par les auteurs et sont leur exclusive propriété.

Pour plus d’informations : http://www.nature-pyrenees.com/



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